Régis Sénèque

A.S Velasca

Crédit : Jessica Soffiati, Milan, 2015.


Sponsor artistique de la nouvelle équipe de football milanaise, l’A.S Velasca. Pour l’année 2015.

Des passionnés de football et des artistes européens (Adrien Daoud, Noel Fuzellier, Wolfgang Natlacen, Patrizia Novello, Susanna Pozzoli, Jean-Benoît Ugeux, ...) se sont unis autour de la création d’un nouveau club de football basé à Milan, l'A.S. Velasca.

“Moi, Régis Sénèque, artiste plasticien français, je participe à ce projet pour sa dimension tant humaine qu’artistique. Le "parpaing" est au cœur de mon travail. Qu’il soit sculpture, dessin ou un élément de performance, il véhicule des notions multiples où il est question d'archéologie contemporaine, de partie d'un tout, de distances courbées. Présents au-delà des frontières, à Paris comme à Milan, mes parpaings résonnent avec la tour Velasca, symbole du club.

Pour ce nouveau projet, l’A.S. Velascaservira alors, pendant une saison entière, de support visuel à mes « parpaings ».”

Crédit : FIFA TV

Crédit vidéo : Régis Sénèque / A.S Velasca

HOMO PERPETANEUS

“ Le premier qui ayant enclos un terrain, s’avisa de dire, ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. “

J-J Rousseau


L’A.S Velasca vient peut-être de résoudre enfin l’énigmatique mantra tant commenté de Bill Shankly où : “le football n'est pas une question de vie ou de mort, mais quelque chose de bien plus important que cela”, en désignant le football comme étant d’abord une forme de représentation proche de l’art total, voire totalitaire. En convoquant des artistes d’horizons divers – et dont les initiateurs sont en quelque sorte les architectes de la Torre Velasca laquelle fut construite dans les années 50 sur les ruines d’un bombardement allié à Milan – qui ont contribué à faire exister une équipe de douzième division en engendrant une économie participative, l’A.S Velasca fait du football comme sport un art qui cherche à se sauver de l’apparence par le jeu. On comprend alors mieux le sens des parpaings de Régis Sénèque qu’arborent tous les joueurs sur le devant de leurs maillots - lesquels ne trouveraient pas leur place confinés dans une galerie. Chaque joueur porte sur lui un morceau de parpaing comme pour rendre visibles les murs invisibles d’une souveraineté morcelée ; des murs destinés à tomber.Les joueurs de la Velasca en occupant le terrain sont en quelque sorte le peuple imaginaire qui tourne en dérision la mise en scène de la souveraineté que l’on voit réapparaître un peu partout en Europe sous la forme de barrages, de clôtures, d’enceintes, de barrières de protection ou de murs virtuels affichant la volonté de distinguer le eux du nous. Ces hommes-parpaings viennent interrompre le spectacle du pouvoir en mettant à mal la volonté de nous tenir tous en respect qu’affichent les démocraties emmurées qui nous cernent dans la modernité tardive.Le parpaing nous rappelle que le mur n’a pas, en soi, de signification intrinsèque ou permanente ; que les murs ne racontent rien, qu’ils ne parlent même pas. Ils sont les vestiges d’un monde pré-moderne. On pourrait avancer que les joueurs-parpaings de l’A.S Velasca inventent une sorte de stratégie inversée faite d’une série d’actions microtactiques qui consistent à contourner les grands axes du jeu préférant se déplacer en enfonçant des murs toujours ailleurs comme par essaimage. Ce n’est plus l’ordre spatial établi du terrain qui dicte les modalités de déplacement, mais le déplacement lui-même qui organise l’espace qui l’entoure : les hommes-parpaings deviennent des “passe-murailles” fluides et mouvants livrant bataille parmi les décombres et les ruines de la vie quotidienne.

Adrian O. Smith